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Juif du Maroc

Juif du Maroc

Voilà un blog qui décrira et donnera un aperçu de la vie quotidienne de la Communauté Juive au Maroc d'aujourd'hui mais aussi d'antan. La vie de la communauté d'un aspect intérieur, du judaïsme marocain, du Maroc, via la vue personnelle de Marocains de confession Juive ou autre, dans leur pays.


Les Juifs et la Nation

Publié par Georges SEBAT sur 14 Février 2017, 03:52am

Catégories : #HISTOIRE & MEMOIRE

Avant toute lecture, il faut se remettre dans le contexte temps et surtout période. Nous sommes là en 1961, année qui fut au Maroc l'année de l'accession au trône de feu SM Hassan II, après le décès de son auguste père, feu SM Mohamed V. Une émigration massive des juifs marocains vers Israël s'effectue et la grogne de certains organes de presse à l'encontre de ces derniers, via des tribunes et parutions agressives, prennent à parti la population juive. Il faut donc remettre tout cet ensemble dans la configuration de l'époque.

On remarquera cependant l'attitude avisée, concernée et protectrice de la famille Royale Marocaine à l'encontre de la population juive, qui encore aujourd'hui est inégalable en pays arabe. Et plus encore aujourd'hui, notre Roi SM Mohamed VI œuvre à confirmer l'appartenance et l'intégrité de la communauté juive Marocaine, par plusieurs actes concrets, telle la composante hébraïque inscrite dans la constitution Marocaine, la réhabilitation de cimetières juifs marocains, la rénovation de lieux de cultes anciens et le geste extraordinaire de donner ses instructions pour rendre aux rues du mellah de Marrakech ses noms d’origines à consonance juive marocaine.

Cet article est une belle mise au point et un appel du cœur fait par le journaliste Marc SABBAH .

Georges SEBAT

Les Juifs et la Nation

AU dernier recensement les chiffres provisoires communiqués par le Service des Statistiques donnent un total de 160.032 juifs sur une population de 11.598.070 âmes. En pourcentage, pas même un et demi pour cent. Insignifiante en chiffres que cette population ! Et pourtant régulièrement et à toutes sortes d'occasions la façon de penser, de se comporter, de se manifester de cette infime fraction de la nation fait l'objet de débats passionnés et ces débats sont souvent transposés sur le plan international, provoquant des commentaires jusque dans les plus sérieux des journaux de tous les grands pays.

Un simple ferment

Certes c'est un lieu commun que de dire que les juifs comptent davantage comme ferment, dans les pays où ils résident que par leur simple nombre. On s'en aperçoit pourtant ici plus que dans beaucoup d'autres pays où leur importance numérique n'est pas moindre. Et ce rôle de ferment n'a jamais été du goût de tout le monde, pour des raisons diverses et souvent opposées : les indolents se sentent gênés et finalement lésés par une activité trop grande déployée à leurs côtés, activité qui risque de les entraîner à leur corps défendant ou de les laisser trop en arrière, tandis que les éléments dynamiques s'inquiètent d'une concurrence dangereuse qu'ils craignent de ne pouvoir suivre sans s'essouffler.

Les Juifs et la Nation

Révision de la politique ?

En une occasion récente, un journal, que certains s'obstinent à dire officieux en dépit d'officiels démentis, proposait tout simplement de réviser entièrement la politique d'égalité proclamée jusqu'à présent par le Souverain, par le Prince héritier, par les membres des divers gouvernements et même par les chefs d'à peu près toutes les formations politiques. Le ton de l'article montrait clairement que son ou ses auteurs envisageaient sereinement une réédition de la politique pratiquée, Dieu sait avec quels résultats ! Par une grande nation européenne, puisque somme toute le juif est, par sa malignité, la source de tous les maux de ce royaume, fortuné depuis deux mille ans si quelques dizaine de milliers de juifs n'accaparaient ses mamelles.

Quelle valeur un tel article peut-il avoir avec toutes ses outrances qui en détruisent l'efficacité, la portée, le sérieux ? Un essai d'intimidation ? Un avertissement ? Une tentative de paraître à la pointe du combat national, alors qu'on a toujours traîné le lourd boulet qui s'attache aux organismes trop évidemment payés pour emboucher des trompettes de circonstance et d'opportunité ? Rendons au néant ce qui en naissant y aspirait déjà.

 Si les statistiques pouvaient donner à côté des chiffres de la population la répartition des fortunes visibles ou invisibles, on s'apercevrait certainement que bien des consciences non juives doivent être lourdes à porter et que le reproche d'atteinte à la sécurité économique de la nation par la stérilisation de capitaux reportés frauduleusement ou non investis devrait s'adresser bien souvent à d'autres qu'aux juifs. S'il s'agissait du capital intellectuel, de l'efficacité des efforts mis vraiment et pleinement au seul service du pays, bien des gens devraient réviser leur jugement et beaucoup de véhémences seraient refroidies.

La place du juif dans cette nation marocaine serait mieux cernée, plus nette dans tous les esprits et la polémique plus difficile. Mais en fait, la polémique si l'on s'en tenait à la froide raison devrait déjà être impossible. Des confessions pratiquées dans ce pays, la juive est celle qui a l'antériorité absolue. Avant même que la religion musulmane ne fut révélée, les juifs marocains étaient déjà nombreux, peut-être proportionnellement plus qu'aujourd'hui. Les soldats marocains de Tarik furent accueillis à bras ouverts en Espagne par des Juifs vivant dans ce pays qui s'intégrèrent souvent à son armée et lui gardèrent les villes conquises tandis qu'il poursuivait son avance victorieuse. Ces juifs Espagnols n'étaient que les ancêtres de ceux qui, plus tard, vinrent s'établir dans ce pays dont ils étaient déjà des nationaux puisque Maroc et Espagne musulmane ne formaient qu'un, et s'ajoutèrent à ceux vivant déjà ici.

Les Juifs et la Nation

Plus anciennement que tout autre établi dans ce pays, le juif y est plus que tout autre attaché. En dépit de l'installation d'écoles où l'on enseignait le français comme langue véhiculaire et d'une scolarisation qui atteignit une proportion de plus en plus large d'enfants, la langue quotidienne est l'arabe. Sans doute est-il chez nous plus simplifié, d'un vocabulaire et d'une syntaxe plus rudimentaire que celui des musulmans, mais arabe marocain quand même, car le juif reste attaché à sa patrie, à sa langue à ses mœurs, à sa musique mais n'écoute que distraitement les discours politiques, et enrichit peu son vocabulaire de termes abstraits qui dorment au langage de son compatriote musulman des consonances de plus en plus égyptiennes ou syriennes. Mais même s'il s'exile volontairement, pour entretenir une tradition bien antérieure au Protectorat, puisque des colonies de juifs marocains ont toujours existé en Amérique du Sud ou du Nord, il garde la nostalgie du pays natal, au même titre que les commerçants fassis émigrés en Afrique Noire ou en Europe. Sa Majesté le Roi a reçu, lors de son voyage officiel l'hommage de Communautés juives marocaines établies aux Etats-Unis, qui ont tenu à proclamer leur loyalisme envers le pays natal- Ces émigrés temporaires le plus souvent, gardent des liens nombreux avec leur famille restée au pays qui est toujours le leur Liens commerciaux parfois, affectifs toujours, ils cotisent encore souvent aux œuvres de bienfaisance locales, les soutiennent par leurs dons, envisagent de revenir après fortune faite ou aisance acquise. Quel dommage que certaines considérations les fassent maintenant hésiter.

Des étudiants qu'on vient de traîner dans la boue en les accusant des pires méfaits et des plus noirs desseins ont délégué récemment deux des leurs pour proclamer par la voix de France I leur volonté de se considérer toujours comme nationaux et de revenir mettre leur savoir au service du pays, leurs études terminées, eu demandant seulement qu'on respecte leur dignité et qu'on n'envisage aucune restriction aux droits, qu'ils considèrent comme fondamentaux de circulation et d'expression. Car cette dignité de citoyen au plein sens du mot, elle est plus fraîche pour eux que pour les musulmans. Ils étaient dhimmis, il n'y a guère, et il est naturel qu'ils la défendent avec âpreté en refusant désormais d'être simplement tolérés, d'avoir un statut "octroyé", remis en question à chaque occasion.

Sans doute la voix autorisée de Son Altesse Royale a-t-elle remis les choses au point en lavant la population juive des infâmes accusations portées contre elle, en lui fournissant des raisons de relever la tête au lieu de courber l'échiné et en rouvrant les routes de l'espoir qu'on prétendait lui couper.

Mais le fait est que constamment, des plumitifs en mal de copie, ou des hommes politiques en mal de clientèle au Heu de faire leur travail national qui consisterait à unir en faisceau toutes les énergies, à galvaniser le peuple en l'éduquant pour, et par des tâchas, constructives, cherchent à utiliser des préjugés criminels pour flatter ceux qu'ils voudraient asservir. Constamment des esprits mal intentionnés créent la confusion au détriment de la population juive, ancrant peu à peu l'idée que le juif, tout juif, n'importe quel juif est l'ennemi du peuple ; tout adversaire politique est un ami des juifs donc aussi ennemi du peuple. Cette idée on la répand par l'écrit, par la parole, par la radio parfois, par le chuchotement confidentiel qui lui donne plus de poids. Le peuple marocain ne s'est pas laissé tromper jusqu'à présent. Il est digne de son histoire de grand peuple. Les provocations l'ont laissé froid. Comme tous les peuples clignas de ce nom, il comprend mal que les mêmes bouches soufflent alternativement le chaud et le froid ; que tel, qui hier proclamait son plein accord avec la doctrine officielle de Sa Majesté le Roi, prétende aujourd'hui revenir en arrière Il comprend encore plus mal que soudain on veuille l'amputer d'un membre qu'hier encore on lui disait indispensable. Quel peuple moderne, civilisé, mûr, admettrait que telle partie jette l'anathème contre telle autre et s'attribue le monopole de la citoyenneté ? Le peuple marocain ne l'admet pas. Car une chose est certaine, c'est que si le juif est marocain, cela ne dépend de personne et ne peut être ni décrété ni annulé par quiconque au Monde.

Il est Marocain c’est un fait intangible indépendant des circonstances et des contingences intérieures ou extérieures il n'est besoin d'ajouter ni adjectif, ni adverbe : il est Marocain.

Cela n'est pas encore clair dans tous les esprits, il faut que cela le devienne. Il faut lutter pour cela et cette lutte doit être permanente et totale. A chaque instant, juifs et musulmans ont des occasions de participer à cette lutte et doivent le faire. Pour notre part, nous n'avons plus l'intention de pratiquer la politique de l'autruche. Notre tête n'est restée que trop longtemps enfouie dans le mol oreiller de la facile négligence. La lutte pour le bonheur humain, pour la fraternité humaine, pour que l'homme se reconnaisse dans son semblable a commencé avec l'aurore du monde. Hâtons-nous de prendre notre place dans les rangs pour qu'elle s'achève plus vite.

Marc SABBAH- Jewish Press, le 01/02/1961.

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Angeline 16/03/2017 21:59

j'aime me promener ici. un bel univers.

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