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Juif du Maroc

Juif du Maroc

Voilà un blog qui décrira et donnera un aperçu de la vie quotidienne de la Communauté Juive au Maroc d'aujourd'hui mais aussi d'antan. La vie de la communauté d'un aspect intérieur, du judaïsme marocain, du Maroc, via la vue personnelle de Marocains de confession Juive ou autre, dans leur pays.


Réflexions d'un visiteur au Maroc.

Publié par Georges SEBAT sur 8 Juin 2014, 09:36am

Catégories : #La Presse Juive d'Antan

Nous avons tenu à demander comme en d'autres occasions, ses impressions à un visiteur de marque venu faire une tournée au Maroc. L'auteur un rabbin de France, décrit sans détours ce qu'il a vu. 1949.

 

Au point de vue juif le Maroc français doit être divisé en deux éléments bien distincts : Casablanca, d'une part, les autres villes, d'autre part.

A Casablanca il n'y a pas de Mellah à proprement parler les Juifs vivent dans la ville ancienne avec les autres Arabes. Ils sont plus de 40.000. 40.000 autres vivent dans les quartiers européens ; une partie d'entre eux est très riche. La plupart des émancipés (ou soi-disant émancipés) mènent la vie des Juifs français, algériens, espagnols de Casablanca, une faible proportion de ces Juifs reste attachée aux traditions religieuses ou nationales. La majorité est ¦ assimilée (terme impropre car ils ne s'assimilent pas au milieu ambiant mais essayent d'imiter les Juifs européens de l'Ouest.

 

Une ruelle animée dans le Mellah de Casa - 1947

 

Les 40.000 Juifs de la vieille ville vivent dans des conditions très précaires (même s'ils sont aisés) par suite de la crise du logement qui se fait sentir avec plus d'acuité encore qu'ailleurs. Il y a un nombre indéfinissable de Juifs excessivement malheureux. Il n'y a pas de conduites d'eau dans la vieille ville et les conditions d'hygiène sont désastreuses. Un grand nombre de Juifs occupe à 6 ou même jusqu'à douze personne une soi-disant pièce ; il y en a qui sont parqués dans de véritables niches à chien. Ils sont obligés d'acheter l'eau et il ne leur reste souvent pas d'argent pour s'acheter le pain. Ils se nourrissent de blé à la menthe et de grains de pastèques. Ils vivent souvent de mendicité ne pouvant pas travailler parce qu'ils souffrent de trachome, de teigne, de rachitisme, et de tuberculose. Les pauvres qui travaillent s'adonnent à la vente du persil, de pastèques, de melons... et ne gagnent que très peu. Les artisans (cordonniers, tailleurs, orfèvres) sont plus avantagés mais n'atteignent que rarement l'aisance. Le fait que le marché de légumes et de fruits se passe dans des ruelles étroites augmente encore le manque d'hygiène de ce quartier.

 

Hedarim à Casablanca - Plus de 100 enfants entassés dans une petite chambre

 

Il y a environ 12.000 enfants d'âge scolaire à Casablanca dont 8.000 sont scolarisés par les soins de l'Alliance Israélite. L'enseignement religieux se donne dans des Hedarim exigus où 50 à 100 enfants de 4 à 12 ans croupissent pêle-mêle, les uns apprenant à ânonner les lectures hébraïques, les autres dormant, ou mangeant des grains de pastèques, (leurs parents les envoient au Heder comme à la garderie d'enfants), sous la direction d'un vieux juif, sale, brutal (qu'on dénomme rabbin) muni d'un gourdin de cuir avec lequel il fait entrer les sciences sacrées (si l'on peut appeler cet ânonnement abrutissant « science ») dans les corps et peut-être les esprits de ces enfants déshérités, malades pour la plupart, nettement sous-alimentés, souvent trachômateux, presque toujours rachitiques et tuberculeux comme leurs parents, toujours teigneux. L'air et la lumière sont des notions aussi inconnues que la notion du temps (ce dernier ne compte pas étant donné qu'il n'y a dans leur vie ni travail, ni distraction, ni jeu, ni but, ni aspiration et le fameux fatalisme oriental est sans doute la conséquence de l'incurie des hommes « civilisés », des Juifs émancipés en particulier devant cette misère qui dépasse ce qu'on considère de prime abord comme la possibilité d'endurance de la race humaine.

Pour parer à cette misère insondable, l'OSE, l'ORT, les E.J, l'Alliance, la communauté ont entrepris de faibles essais dispensaires, écoles professionnelles, organisation de loisirs, soupe populaire, systématisation de l'enseignement religieux, et même profane. Ecole Normale d'Instituteurs. Voici ce que j'ai pu observer :

 

 

Soins prodigués par l'OSE et enregistrements de familles.

 

L'O.S.E. n'a pas de locaux autonomes. Elle les partage avec un dispensaire de la Communauté, une garderie d'enfants, la Maternelle et en occupe en permanence quelques pièces. Quand la Maternelle est évacuée de ses petits habitants miséreux, ces médecins font passer des visites médicales aux enfants Juifs de la vieille ville, visite, radiographie pour la détection des tuberculeux, des soins aux trachômoteux, des suppléments de nourriture aux rachitiques et aux anémiés, des soins aux teigneux et aux galeux. C'est un cortège infernal de toutes les misères humaines: les mères se battent pour passer les premières et la Directrice de l'O.S.E., des assistantes, de rares dames dévouées de la ville moderne, des médecins qui se vouent à leur sacerdoce ne voient d'autre remède que d'engager un Juif solide muni d'un gourdin de cuir qui règle et domine cette circulation et ces bagarres. Quand ces enfants seront guéris ils retourneront à la vieille ville contracter à nouveau leurs anciennes maladies dont on aura pu les débarrasser momentanément au prix de grands efforts et de lourds sacrifices, alors que la construction de maison d'enfants arracherait les malheureux petits à leur milieu, incapable de les nourrir, de les soigner, de les guérir, de les surveiller, de les instruire, de les éduquer. Voici défini l'état de misère des enfants en bas âge. Plus grands garçons et filles traînent dans les rues et bientôt les premiers seront arrêtés pour leurs premiers méfaits et les secondes s'adonneront à la seule « profession » pour laquelle la nature elle-même les aura préparées.

 

Atelier de menuiserie, ORT - Alliance de Casablanca - 1947

 

L'O.R.T. s'occupe du redressement de ces « blés qui lèvent » dans une section masculine où ils apprennent l'ajustage et la menuiserie, et une section féminine où on leur enseigne la couture. Quand L'ORT a ouvert sa première école professionnelle, il y a eu 1.800 jeunes gens d'inscrits. On a choisi les 300 plus malheureux pour leur donner un métier : les uns tirés de l'école des pauvres qui est en même temps la mieux organisée, Em Habanin ; d'autres tirés de prison. Nombre de ces jeunes ont des airs inquiétants, beaucoup sont des dévoyés, battent leurs parents, volent, etc... Certains sont timorés, quelques-uns parlent le français, tous parlent l'arabe. Ils travaillent en deux équipes et la chose la plus significative c'est de voir ces adolescents que la vie a déjà marqués, après leurs heures de scolarité venir en majeure partie s'asseoir aux abords de l'école de l'O.R.T., centre de leurs aspirations; « leur foyer» (car ils ne manquent que par occasion). L'école de l'O.R.T. est leur salut car des centaines d'autres ne l'ont même pas comme suprême refuge. La grande majorité de ces jeunes gens de 15 à 20 ans n'ont d'autre désir que le retour en Eretz Israël ; le Maroc ne représente pas pour eux une garantie sociale et politique. Les maîtres sont contents et compréhensifs, et quand l'atelier sera pourvu d'une cantine et d'un dortoir, il y aura là le modèle pour une centaine d'écoles similaires au Maroc.

La section féminine est provisoirement installée dans les locaux du groupe de jeunes Charles Netter dont nous parlerons plus loin. Une cinquantaine de fillettes timorées y apprennent la couture.

L'Alliance Israélite universelle s'occupe de l'instruction de 3.000 enfants juifs de Casablanca en plusieurs groupes scolaires, dont les locaux sont clairs et spacieux, mais malheureusement insuffisants. L'ambiance générale des écoles de l'Alliance est essentiellement unique. Autant dire qu'une grande partie des enfants confiés à ces établissements scolaires seront perdus pour le judaïsme tout court. Une grande œuvre de redressement religieux s'impose: les cours d'instruction religieuse sont assurés par un maître par groupe scolaire qui s'occupe successivement de toutes les classes de son groupe et ne peut donc pas connaître tous les élèves, aussi à fond qu'il le faudrait, ni donner une valeur religieuse aux individus. Quant à la compétence de ces maîtres, elle pourrait être améliorée.

Sous la direction de M. Alphonse Sabbah fonctionne un groupe de jeunes sous le nom de Charles Netter. Ce groupe dispose d'un local délabré et très peu organisé et d'un stade de sports. Des jeunes gens et des jeunes filles de 16 à 30 ans venant surtout de la ville ancienne, passent leur loisir à s'entraîner au stade et à jouer au pingpong au local. Un petit bar leur sert des rafraichissements. Des ébauches de travail culturel ont été amorcées, mais elles sont loin de donner les résultats qu'on devrait escompter. Le nombre de personnes capables d'enthousiasmer cette jeunesse, pour un judaïsme religieux revigoré, et réagissant contre les mœurs surannées des vieux juifs de la vieille ville se compte sur une seule main. La direction générale y manque. On a essayé en ce moment de pallier cette lacune en nommant pour s'occuper de cette jeunesse un ancien élève des Cadres Gilbert Bloch des E.I.

Le groupe Charles Netter et ses sous-groupes, plus jeunes, les Bylou et Trumpeldor, utilisent les méthodes pédagogiques et de travail des E. I. F. Le scoutisme juif proprement dit est en effet interdit par les autorités françaises, par assimilation avec les scouts musulmans. Néanmoins les E.I.F. sont autorisés à aider ces deux groupements Bylou et Trumpelder dans leurs activités.

 

Cour de l'Ecole Normale Hébraique de Casablanca, un jour d'anniversaire

 

Il n'existe pas encore d'écoles secondaires juives au Maroc et c'est là une lacune qu'il faudrait combler. Par contre, sur l'initiative de M. le Rabbin Rouche qui sert comme aumônier dans l'armée française au Maroc, il s'est créée à Casa une école Normale Hébraïque d'Instituteurs.

Le rabbinat autochtone reproche à cet établissement un libéralisme et un rationalisme religieux qu'il juge excessifs. Par ailleurs, les élèves provenant des yéchivoth du Maroc ne semblent pas être à la hauteur de la tâche qui les attend de chefs spirituels de la jeunesse. Le groupe Charles Netter les a enrôlés dans une équipe de routiers, ce qui les sort un peu d'eux-mêmes.

Une petite synagogue est attenante a l'école Magen David où chaque samedi des exposés sont faits en hébreu moderne.

Le nombre des synagogues de Casa est d'environ 80. Ce sont de petites synagogues pouvant contenir une centaine de fidèles, qui font leurs prières dans le même Beth Hamidrach. La plupart de ces synagogues sont misérables : sombres, exiguës. C'est dans ces locaux que se fait l'enseignement religieux dont j'ai parlé plus haut et qui est tellement lamentable. J'ai remarqué 2 synagogues qui ressortent et donnent une lueur d'espoir pour l'avenir : rue Lusitania et la grande synagogue de la Place de France.

A la synagogue Em Habanim de la rue Lusitania existe un organisme scolaire avec cantine pour les enfants des familles les plus pauvres. Les classes sont organisées et les maîtres jeunes et dévoués (venus en partie de Tanger) prodiguent un enseignement hébraïque systématisé avec des classes organisées, des programmes échelonnés allant de l'abécédaire jusqu'à l'étude élémentaire du Talmud (la communauté juive de Casablanca a d'ailleurs élaboré un projet de groupement de tous les Hédarim en un grand local unique où sera assuré un enseignement hébraïque systématique). Le manque de bons livres se fait sentir. Les hautes études talmudiques se font à la Yechiva installée dans la grande synagogue de la Place de France où un rabbin aveugle enseigne la sainte Tora à une trentaine de jeunes gens de 13 à 18 ans qui se préparent aux carrières de rabbin et de Choheyim. Ces jeunes gens parlent couramment l'Hébreu. L'activité sioniste est interdite au Maroc. Une partie de la jeunesse espérant en des temps meilleurs étudie l'hébreu en particulier sous la direction de la Kevoutza Ben Yehouda qui groupe des jeunes gens et des jeunes filles de toutes tendances politiques et religieuses ; l'enthousiasme est grand à ses cours, mais les résultats ne sont pas en conséquence à cause — surtout du manque de cadre compétent. Le tempérament oriental des juifs marocains répugne à la systématisation en partis politiques, qui font le malheur des sionistes en Europe et en Amérique ; néanmoins plusieurs tendances essayent de créer des partisans.

Quittons la grande ville de Casablanca et voyons les villes de moindre importance : Rabat avec 14.000 Juifs, Salé avec 5.000; Meknès avec 14.000, Fez avec 20.000 et Sefrou avec 5.000 ; je n'ai pas vu le Sud marocain où les Juifs croupissent, paraît il dans un état moitié sauvage dans des conditions matérielles horribles : une preuve est fournie par le déplacement de ces malheureux vers le Nord, où ils viennent encore sur peupler les Mellah déjà bondés. Le Mellah de Rabat est tortueux mais on pare à la trop grande misère par des soupes populaires. L'enseignement religieux n'y est pas encore systématisé mais des jeunes dévoués et éclairés essayent d'y parvenir.

 

L'Ecole de l'Alliance à Salé.

 

J'ai passé un Sabbath à Salé et je voudrais vous le décrire. Je croyais vivre un beau rêve et j'ai compris que la « nostalgie du ghetto et du mellah » qui hante quelques juifs français de ma génération n'est pas aussi folle ni aussi utopique qu'on ne serait tenté de le croire de prime abord. Le mellah de Salé est à l'écart de la Médinah (ville arabe) et de la ville européenne. Il est entouré de hautes murailles crénelées, trois portes donnent accès au Mellah. Les rues sont relativement spacieuses, les maisons blanches sont coquettes et assez confortables ; il n'y a pas de vraie misère. Les appartements sont suffisamment éclairés et aérés ; il y a l'eau courante et dans les maisons aisées, il y des installations sanitaires. L'entrée des rues est ornée d'arbres. Une heure avant le Sabbath, le marché qui grouillait de monde et de marchandises se vide ; les maisons sont nettoyées, les lumières s’allument dans les demeures ; la ville juive se repose. Les hommes vont en djellabah blanche dans les Synagogues. Les jeunes ont transformé le Talmud Tora en lieu de prières. Grand immeuble à un étage blanc entourant un patio intérieur baigné de soleil où sont installées des classes modernes. M. Hanania Dahan en est le Directeur comme il est l'âme de tous les éléments modernes et sionistes de Salé (il a déjà fait de la prison pour propagande sioniste et en est fier). L'office est oriental, mais le chant est organisé, on ne chique pas, on ne crache pas par terre comme dans les Synagogues de la vieille génération ; quelques chants d'importation européenne détonnent au milieu de cette atmosphère sabbatique et orientale. Néanmoins on sort de cet office régénéré et on n'a pas la sensation comme à la sortie de nos offices religieux en France d'avoir suffi à une obligation sociale ou religieuse, on a reçu le Sabbath et on a fait sa prière, chose dont nous avons pour la plupart oublié jusqu'au souvenir et c'est ce qui rend nos offices en France aussi froids et conventionnels. A Salé on vit son judaïsme ; en France nous n'en avons plus que la façade, les formes. A la sortie des Synagogues c'est sabbath dans le Mellah : des silhouettes blanches stationnent aux coins des rues sous un ciel bleu noir étoile, sous les arcades orientales et discutent de la Sidra ou d'une page du Talmud et non de la valeur du louis d'or ou de la cherté de la vie. Et ils discutent, les jeunes surtouts en hébreu. C'est Sabbath. A l'entrée du Mellah un policier juif interdit l'accès aux gens qui ont une cigarette allumée ; le Beth Din, le tribunal rabbinique peut les pénaliser avec l'appui du « pacha ». Dans les maisons les lumières scintillent et on entend de tous côtés des chants sabbatiques. L'hospitalité bien juive est encore intacte au Maroc et dans la famille où nous avons été reçus nous avons vu le beau vendredi soir qui faisait briller encore mes années d'enfance et que faute d'ambiance on ne peut plus recréer pleinement, même si tous les gestes, toutes les prières, tous les cantiques toutes les rites, sont restés les mêmes. Le Sabbath matin, le premier office a lieu dès 6 heures car à Salé également il y a des jeunes qui travaillent le Sabbath dans des administrations françaises de Rabat, mais ils ont une excuse, c'est que leurs parents gagnaient 1.000 frs par mois et qu'eux en rapportent 6 ou 7. Néanmoins, avant de partir au travail ils font leurs prières et à leur retour après-midi ils étudient la Tora. Le soir vers le crépuscule, on se réunit à nouveau au Talmud Tora pour le Moadon, la réunion sabbatique comme en Eretz Israël. Cela se passe dans la grande cour intérieure ; 400 personnes, surtout des jeunes s'installent et devant la porte trois ou quatre gars solides sont obligés d'empêcher un nombre égal de franchir l'enceinte, faute de place. Un exposé sur la Sidra, la vie d'un grand Juif, une revue sur les éléments du monde juif se suivent en hébreu avec traduction arabe. Les gens sont simples : ils écoutent bouche bée. On peut les amener au bout du monde quand on vient de France et qu'ils sentent que malgré cela on est encore juif. Des psaumes se chantent ; Arbith et Habdalah. La semaine recommence avec ses misères pour les pauvres gens.

 

Ruelle dans le mellah de Meknès.

 

Meknès a trois villes distinctes comme Salé, mais c'est plus grand: Le Mellah est scindé en deux : le vieux Mellah peut se comparer à celui de Rabat, le nouveau Mellah est une ville juive moderne. Les Juifs riches ne vont pas habiter la ville européenne ; il s préfèrent rester entre frères. Les rues du nouveau Mellah sont spacieuses, bien éclairées le soir ; les intérieurs sont souvent très luxueux mais meublés avec un manque total de goût : la richesse du propriétaire se calcule à la grandeur du frigidaire qui trône dans le vestibule à la vue de l'hôte. Le salon arabe dont les murs sont burinés d'arabesques multicolores par transparence et entouré de sofas recouverts de grands tapis orientaux de prix ; mais hélas il se trouve aussi un énorme poste de T.S.F.. des fauteuils club, et un lustre chromé qui contrastent avec le mobilier oriental comme le fils de la maison (qui prépare son bachot au lycée français) contraste avec le père en Djellabah et qui ne parle que l'arabe. Le Talmud Tora a englouti tous les vieux Hédarim et compte 1.800 élèves répartis dans 36 classes. On y enseigne d’une façon systématique, mais les maîtres compétents et dévoués ne gagnent que 4.000 frs par mois. Les enfants fréquentent le Talmud Tora dès l'âge de 4 ans 1/2 et quand ils vont à six ans à l'école de l'Alliance Israélite apprendre le français, ils parlent déjà couramment l'hébreu. Une fillette de cinq ans nous a récité (Le Loup et l'Agneau) et expliqué le «Tsippor » (l'Oiseau) de Bialik ; un garçon de 8 ans nous a récité (le Loup et l'Agneau) d'abord en hébreu puis en français. Ils étudient la langue de nos pères et la Tora avec une force et une énergie qui se traduit dans l'expression indescriptible qu’ils mettent dans l’intonation. C’est en pleurant que j’ai dit au directeur que je l'enviais. Les enfants de 10 à 12 ans commencent à apprendre des morceaux choisis et faciles du Talmud. C'est à Meknès qu'il y a la grande yechiva du Maroc ; des maîtres compétents, de vrais rabbins comme notre imagination voit nos sages du Talmud enseignent à des jeunes de plus de vingt ans le Talmud et les Dictionnaires ; ils étudiaient Ketouboth.

 

Office dans la synagogue à Meknès - 1960

 

Le Judaïsme ne meurt pas encore tant qu'il y a des villes comme Meknès dans le monde juif. Si seulement les conditions politiques pouvaient permettre à ce sublime judaïsme marocain de s'étendre sur les autres centres juifs du monde. Tous les étudiants et tous les professeurs sont sionistes et n'attendent que les conditions de droit international pour transplanter leur service et leur Tora en Terre Sainte d'Israël. A Fès, le Mellah est le plus grouillant, le plus vivant, mais il y a déjà un souffle de mauvaise émancipation qui s'y répand. Ces jeunes gens dansent le swing et le boggie boggie comme en France ; c'est moderne, c'est civilisé. Mais ces danses se font au « Palais de la verdure » un restaurant strictement cacher, sous des oliviers en plein air : c'est moins dégénéré que dans les cafés malodorants et surchauffés des pays d'occident. Les Juifs riches vont habiter la ville européenne ; ils ont refusé la construction d'un nouveau Mellah de peur qu'il ne devienne un jour une cible trop visible pour les attaques des arabes (les dernières se sont produites avec l'aide bienveillante de certains français de 1943. En attendant,15.000 Juifs environ étouffent dans les ruelles étroites, tortueuses et surpeuplées du Mellah, avec ses échoppes, ses boutiques, ses bains maures, ses gargotes, ses synagogues (analogues à celles de Casablanca) et ce n'est pas un bon point. Les maladies du surpeuplement (tuberculose surtout) sévissent. Au milieu de ce fatras de ruelles qui ressemblent à des fêtes foraines (surtout le soir quand la fraîcheur descend) j'ai fait la connaissance d'un vieux Hacham (un rabbin honorifique) propriétaire d'une synagogue qu'il exploite (les bénéfices vont évidemment à l'entretien du culte et de l'édifice) car les synagogues sont presque toujours propriété privée, qui possède une bibliothèque admirable et qui a des idées avancées (il est presque Mendelssohnien et on comprend mieux l'époque de notre propre émancipation), très entiché de Maimonide, mais qui néanmoins a fait éditer en Palestine des « Cheeloth outechouvoth » des réponses de droit rabbinique sur des questions de rite et de vie familiale. La Maison de la Communauté « le Bordj du Mellah », la forteresse du Mellah renferme le tribunal rabbinique avec ses juges coiffés de toques et de soutanes, l'association des anciens élèves de l'Ecole de l'Alliance qui est dirigée par un homme qui n'a jamais mis les pieds aux écoles de l'Alliance mais qui groupe tous les éléments dévoués au judaïsme et déjà émancipés, le bureau du « Naieb », l'homme de confiance du pacha et des autorités françaises, qui d'après sa propre expression « défend les causes justes » en réponse à ma remarque : « Vous avez de la chance de pouvoir défendre nos coreligionnaires ». Il tient l'état civil. Les pauvres mangent dans des soupes populaires. L'enseignement religieux est très mal organisé dans les Hédarim analogues à ceux de Casa. Toute la jeunesse, est sioniste. Les dirigeants sionistes ont emballé la jeunesse.

A Sefrou, on trouve le Mellah le mieux organisé et en même temps le milieu où la tradition est la plus simple et la plus pure au point de vue religieux de tout le Maroc. Un rabbin de 32 ans, M. Ovadia enfant et élève de la yechiva de Sefrou dirige avec un sens social et une conscience des véritables besoins de la jeunesse toutes les organisations communiales : aidé par M. Tobali, le président de la Communauté

Le Talmud Tora qui donne en même une culture générale, partie en hébreu, partie en français, est organisé d'après les méthodes pédagogiques les plus modernes; la misère est aidée par des soupes populaires ; une auto ambulance est à la disposition du mellah pour évacuer les malades. Il n'existe pas d'hôpital juif au Maroc et les Juifs sont hospitalisés dans les hôpitaux indigènes, où tout fonctionne souvent avec des pourboires. La justice chérifienne qui régit les Juifs souffre également d'abus ; l'enseignement est déficient ; les maladies sont endémiques ; la misère est insondable et on se demande comment le monde juif et la conscience universelle peuvent assister sans agir à cette tragédie « aux cent actes divers ».

Je voudrais clore mon exposé par deux petits épisodes qui caractérisent l'un la mentalité des européens du Maroc à l'égard des Juifs et l'autre la situation des Juifs :

A Rabat, nous avons visité un musée d'art indigène. Un tableau représentant une synagogue nous a été présenté par le guide arabe comme étant l'intérieur d'une mosquée. Devant notre étonnement le guide a expliqué au juif marocain qui nous accompagnait : « Je ne voulais pas dire que c'était une synagogue de peur d'offusquer nos hôtes », car il nous avait pris pour des non-juifs européens.

A Oujda, à la douane, je côtoyais un douanier, chérifien et un douanier français. Deux Juifs marocains en djellabah voulaient passer en Algérie. Alors qu'ils ne fouillaient presque personne, les deux fonctionnaires côte à côte ont fait ouvrir jusqu'aux doublures de ces deux malheureux en disant qu'on ne pouvait pas avoir confiance en des Juifs.

La situation de nos coreligionnaires en France est pénible matériellement mais encore plus moralement.

Les chefs sionistes par leurs interventions et leur travail au Maroc, les Communautés du monde juif, par leur aide matérielle, les organismes philanthropiques, OSE. ORT, Alliance Israélite, SSJ. par leurs créations, les mouvements de jeunes, les EI en particulier par les jeunes chefs qu'ils délégueront au Maroc, peuvent encore sauver les quelques 200.000 Juifs du Maroc, mais il faut agir.

 

Noar - 01.02.1948  ( נער )

Heder Typique des mellahs du Maroc

Heder Typique des mellahs du Maroc

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Qaci abdessalam 21/06/2016 00:19

Je remarq la bsense des article des photos sur lese jiufs de draa et le dades mais tanmmairt (merci) de votre interesse . En contact

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