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Juif du Maroc

Juif du Maroc

Voilà un blog qui décrira et donnera un aperçu de la vie quotidienne de la Communauté Juive au Maroc d'aujourd'hui mais aussi d'antan. La vie de la communauté d'un aspect intérieur, du judaïsme marocain, du Maroc, via la vue personnelle de Marocains de confession Juive ou autre, dans leur pays.


Un pèlerinage sous la neige - Janvier 2015 - Agouim - Rabbi DAVID OUMOCHE

Publié par Léa BENHAMOU sur 1 Octobre 2015, 10:28am

Catégories : #JUIF AU MAROC

A la veille de la hilloula d'une des plus grandes figures saintes enterrées au Maroc, Rabbi David ou Moshe (z"tl), voici une autre belle narration de notre belle plume Léa BENHAMOU, qui nous fait voyager à travers son texte, mais qui nous donne également quelques points précis quant à la biographie de ce grand Tsaddik.

Georges SEBAT

Rabbi DAVID OUMOCHE – Agouim

Janvier 2015

שמרני כאישון בת עין בצל כנפיך תסתיריני   תהילים יז, ח

 « Garde-moi comme la pupille de l’œil, place-moi sous ton aile protectrice »

Un pèlerinage sous la neige - Janvier 2015 - Agouim - Rabbi DAVID OUMOCHE

C’est en famille que nous avons décidé la veille de faire un pèlerinage à AGOUIM –

Direction Rabbi David Ou Moche.

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CASABLANCA - MARRAKECH

Aussitôt dit, aussitôt fait !

A 6H 45, le Dimanche 11 Janvier 2015, le jour se lève à peine que je saute de mon lit. Tout est encore sombre lorsque nous chargeons nos lourds bagages à bord d’un véhicule utilitaire à destination d’OUARZAZATE. Cela change des voyages à dos de mulets que les pèlerins effectuaient autrefois dans des conditions rigoureuses pour assister aux Hillouloth.

Le pèlerinage des Juifs du Maroc est ancré dans les traditions séculaires judéo-marocaines depuis des décennies. Les familles se déplacent avec femmes et enfants plusieurs fois dans l’année à l’occasion des Hillouloth ayant lieu dans plusieurs villes du pays, le plus souvent dans des districts éloignés. L’accès était difficile parfois fermé car certains oueds débordaient de leur lit et ainsi les familles restaient enfermées pendant des jours voire des semaines.

De nos jours, les Hillouloth drainent plus de monde et se déroulent sous de meilleurs auspices: Toutes les commodités de bien être sont assurées. Des chambres, des salles et sanitaires sont construits partout pour faire face à la demande de milliers de croyants.  

Le Maroc est un si grand pays que je me demande où il commence et où il s’arrête. Je découvre et apprécie de plus en plus ses paysages uniques. Il y a de la place pour tout le monde. Les contrôles de police sont nombreux mais comme nous respectons les codes et la limitation de vitesse, personne ne nous importune.

Sur l’autoroute, les kilomètres défilent. Nous lisons tous les panneaux pour calculer la distance qui nous reste à parcourir.

Ce pèlerinage est capital pour moi. Je l’attendais car je voulais écrire quelque chose sur le Tsadik Rabbi David ou MOCHE, mais l’occasion ne s’étant pas présentée plus tôtalors je prends ma plume en espérant que celle-ci se mette à glisser et à imprimer sur le papier un assemblage de jolis mots.

A l’avant, les discussions vont bon train. Les occupants se concertent sur plusieurs sujets politiques récents. Une actualité brûlante, sinistre et amère avec les derniers attentats survenus en France en ce début d’année. L’échange est fécond entre les partenaires en plaignant les cibles de ce crime odieux. Dans mon coin, je n’arrive pas à penser à autre chose qu’aux personnes touchées lors de la fusillade à Charlie Hebdo et aux familles éplorées et endeuillées lors de la prise d’otages à l’Hyper Cacher la veille du Shabbat, des victimes arrachées à la fleur de l’âge. L’heure est grave, le monde va à la dérive. Alors j’invoque la justice divine pour atténuer ma peine.  

MARRAKECH - OUARZAZATE

A l’arrière de la voiture, l’habitacle est spacieux et confortable. Il est possible d’ouvrir la tablette pour poser sa tasse de café et charger son téléphone portable. Pourtant aucune position ne me convient. Je ne peux consulter mes messages ni lire car j’ai la tête qui tourne et lorsque je voyage, j’ai pour habitude de regarder droit devant moi sans dévier à droite ou à gauche. J’ai le mal de l’air, de terre et de mer. Malgré cela, je préfère les déplacements en voiture ce qui me permet de contempler la verdure et les vastes champs le long de notre itinéraire.

A l’entrée de Marrakech, triste constat que ces palmiers décharnés, asséchés et découpés pour être vendus par ceux qui font commerce du bois. Un véritable gâchis !

Les arbres aussi ont leur façon de porter plainte devant l’Eternel :

אילנות שבשדה אומרים. אז ירננו עצי היער, מלפני ה כי בא לשפות את הארץ״ .(דברי הימים א, טז, לג)

 

Les arbres des champs disent: "Alors les arbres de la forêt se réjouiront devant l’Éternel, venu juger la terre". (Chroniques I 16, 33)

 

Le temps file à vive allure. Nous venons de traverser Marrakech sans passer par la ville en empruntant un raccourci situé au 1er carrefour.

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Un pèlerinage sous la neige - Janvier 2015 - Agouim - Rabbi DAVID OUMOCHE

LE COL DE TICHKA 

Avant d’atteindre les hauteurs de TICHKA, nous marquons un temps d’arrêt à la Pompe d’essence pour nous dégourdir les jambes et en profitons pour boire un verre de thé chaud et parfumé.   

« Voyager n’est pas arriver à bout mais parcourir le chemin » Stevenson

J’ai toujours appréhendé la route sinueuse qui relie Marrakech à Ouarzazate, au plus haut sommet de TICHKA, ponctuée de virages. A cause de l’étroitesse de sa chaussée glissante en hiver en partie due au verglas, ce tronçon est particulièrement dangereux et est souvent la cause d’accidents graves. Plus on monte en altitude et puis on voit le contraste avec les ravins de part et d’autre. Les oreilles bourdonnent, le nez se bouche et la respiration devient lourde, ce qui provoque chez moi nausées. Aussi, je préfère fermer les yeux.

« L’ascension est un parcours du combattant ».

Marrakech-Ouarzazate, 130 Km au compteur, c’est l’équivalent du double sur une route normale, soit environ 400 Km. C’est énorme car il faut ralentir lorsqu’un véhicule arrive en sens inverse. Je rêve du jour où il y aura une autoroute ou un tunnel contournant les hauts sommets du Col de TICHKA. Cela évitera de nombreuses mésaventures et reliera les 2 villes plus facilement. Mais ce n’est qu’utopie ! Car il ne faut pas oublier que le commerce et le tourisme sont florissants à Ouarzazate. Et ce qui amène justement les touristes, ce sont ces routes nationales offrant une vue imprenable sur les vallées de l’Atlas: L’OUKAIMEDEN lequel affiche 2300 mètres d’altitude. Le spectacle est grandiose, j’essaie de prendre des photos car je ne peux en détacher mon regard. De temps à autre je stresse. La neige sur la montagne évoque en moi des souvenirs lointains, un air de musique: « La neige tombe au seuil d’une Synagogue, là est assise une enfant … Elle reste là malgré le froid et la bise, elle reste là malgré la fin du jour.. Vint à passer une petite troupe, elle reconnut l’uniforme allemand. Elle refusa l’aumône qu’on lui offrit ; A l’ennemi, elle dit sévèrement: Gardez vos offres, je garde mes souffrances, soldats prussiens poursuivez votre chemin, car moi je suis une enfant, à l’ennemi, je ne tends pas la main ». Je reprends ce refrain pour dissiper mes craintes.

Fredonnée par une enfant à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, cette chanson fait référence à la Shoa, c’est dire que je n’arrive pas à oublier l’ambiance de Paris où une manifestation réunit les plus grands de ce monde à la Place de la République, « le monde entier marche à Paris contre la terreur ».

Par solidarité, je me dis que nous sommes tous Charlie, Hypercacher, Juifs, Marocains !

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OUARZAZATE, VILLE MYTHIQUE

Pendant le long trajet entre Marrakech et Ouarzazate, des marchands ambulants debout sur le bas côté proposent des fossiles, du minerai et des pierres décoratives bravant tous les dangers pour quelques sous.

Ouarzazate est réputée pour ses nombreuses Kasbas (celles des Aït Ben Haddou), les gorges du Dadès, les palmeraies, les oasis, les forteresses, les quartiers anciens installés sur des plateaux arides.

Je comprends l’attrait des américains pour cette ville et ses studios cinématographiques ATLAS dignes d’Hollywood. Plusieurs acteurs américains célèbres ont tourné des séquences de films dans cette vaste « pampa marocaine » et pour cela, ils font appel parfois à de jeunes paysans locaux pour jouer des petits rôles de figurants, ou pour d’autres travaux en contrepartie de petits salaires qui leur permettent de nourrir leur famille.

Je suis fascinée par les fleuves, les cours d’eau souvent dus à la fonte des neiges, les ruisseaux, les rivières, les cascades et les sources.

מים אומרים. לקול תתו המון מים בשמים, ויעל נשיאים מקצה ארץ. (ירמיה נא, טז)

L'eau dit:

"A sa voix, les eaux innombrables des cieux rugissent et Il fait monter les nuages des extrémités de la terre". (Jérémie 51, 16)

 

נהרות אומרים. נהרות ימחאו כף, יחד הרים ירננו. (תהילים צח, ח)

« Les fleuves disent: « Les fleuves applaudiront avec les monts qui chanteront » Psaumes 98,8

מעינות אומרים. ושרים כחוללים, כל מעיני כך. (תהילים פז, ו)

Les sources disent: « chanteurs et danseurs diront : toutes nos sources proviennent de toi » Psaumes 87, 7

Nous traversons plusieurs villages où de loin les odeurs de viande grillée sur d’énormes barbecues nous poursuivent. Je suis remuée par le nombre de boucheries qui étalent leurs bêtes dépecées à la façade pour appâter les camionneurs qui veulent se restaurer. A croire que c’est le seul fond de commerce. D’autres échoppes proposent de l’alimentation générale, des détergents mais c’est surtout les gargotes qui font légion et présentent des tagines succulents à des prix dérisoires. Notre repas à nous est constitué de thé, de café, de biscuits secs et de bananes.

 

Un pèlerinage sous la neige - Janvier 2015 - Agouim - Rabbi DAVID OUMOCHE

Le Lieu Saint - Une Propriété privée

Arrivés au village d’AGOUIM, nous sommes excités de fouler la piste qui nous mène directement vers le Tsadik Rabbi DAVID ou MOCHE. Nous craignons la crue de l’Oued qui mène au Sanctuaire de Rabbi DAVID ou MOCHE. De loin, la clôture paraît minuscule mais une fois à l’intérieur, elle est grande.

Il est 13H. Après un périple de 5H, nous apercevons enfin un édifice coiffé d’un dôme au creux de la montagne sur lequel s’abattent des flocons de neige. La blancheur immaculée de la coupole est une invite au silence, au recueillement et à la piété.

Nous tremblons de froid et paradoxalement la neige nous enveloppe de son « manteau ivoire » et nous réchauffe. C’est comme si le temps s’arrêtait. Ni chaud ni froid. Le ciel à peine voilé est opaque. Un jeune homme de passage nous demande de le prendre à bord car sa famille habite au village mitoyen. Il est vif et sympathique, mais son eau de rasage sent fort. Allergique aux parfums, j’ouvre la vitre humant l’air frais à pleins poumons. Aussitôt débarqué, le jeune homme amorce la pente vers son domicile. A ces campagnards  vigoureux, la vie en pleine nature donne force et endurance. Je m’imagine une seconde en train d’escalader la colline et je suis déjà essoufflée !

Une boue jaunâtre, -mélange de pluie et de poussière- recouvre l’escalier principal aux hautes marches. La gardienne vient vers nous et nous tend la clé de la Synagogue. Nous sommes heureux et cela me rappelle qu’à la Hilloula, cela coûterait des millions de dirhams pour avoir le Zékhout – le mérite de franchir le premier - le Sanctuaire de Rabbi DAVID ou MOCHE au moment où une foule dense vous piétine et lorsqu’une ferveur communicative s’empare des pèlerins lors de danses rythmiques autour de la cheminée qui fait fondre les quantités de cierges ; ceux-ci brûlent, se consument mais ne déclenchent pas d’incendie. C’est en soi un fait extraordinaire ! Tout le monde s’active autour d’un feu de camp éclairé par le rougeoiement des flammes de bougies qui vacillent et projettent leurs reflets roux. Une colonne s’élève vers le ciel comme une prière collective pour faire descendre la Providence. Cet endroit est magique, d’où émane une paix sainte et sanctifiée, une sainteté paisible.

Aujourd’hui, il n’y a personne, nous avons le Tsadik pour nous sans que personne ne nous conteste ce droit, sans barrière entre hommes et femmes. La première chose qui me frappe c’est l’absence du tronc d’arbre vieux de centaines d’années qui faisait ombre au-dessus de la sépulture du Tsadik. Nous nous inclinons devant le tombeau de Rabbi DAVID ou MOCHE recouvert ce jour là d’une nappe de velours de couleur vert émeraude (mais pas celle offerte par une famille de Paris). Chacun exprime ses désirs en se dandinant. La stèle en marbre reluisant contraste avec le bleu des portes et l’ocre des murs. Je me promène dans les pièces attenantes à la belle Synagogue dont le Hekhal est couvert d’un panneau de velours marron avec des broderies en relief. Tout a été refait à neuf avant la dernière Hilloula. Au milieu trône la Téva (tribune) en bois sculpté. Au plafond est suspendu un énorme lustre orné de cristaux. C’est un don fait par un mécène en l’honneur du Tsadik, des livres neufs sont rangés dans des bibliothèques de part et d’autre. De confortables fauteuils tapissés sont alignés le long de la salle. L’enceinte du caveau de Rabbi DAVID ou MOCHE est baignée de lumière.

 

Un pèlerinage sous la neige - Janvier 2015 - Agouim - Rabbi DAVID OUMOCHE

Recherche désespérément MAPPATapis de Velours couleur vert Impérial

Je cherche des yeux le drap de velours vert menthe incrusté de fil d’or au nom du Tsadik,  ne comportant aucune autre inscription mais il est introuvable. J’étais présente quelques années auparavant lorsqu’une famille de France avait apporté un beau tapis vert « offrande de reconnaissance pour un bienfait » pour recouvrir le tombeau de Rabbi DAVID ou MOCHE. Je suis restée en contact avec cette famille et plus tard, un de ses membres venu pour la Hilloula avait noté qu’il n’y avait plus trace de la Mappa. Ce cadeau avait été dérobé ou égaré. J’ai promis à cette personne d’enquêter pour la retrouver. Tout comme a disparu l’enseigne lumineuse à l’entrée de la Synagogue après que les travaux de rénovation aient commencé. C’est comme si ces dons offerts par des particuliers n’avaient pas de valeur. Généralement, personne ne peut se permettre de prendre un objet du Sanctuaire sans permission.

Après cette parenthèse, nous allons visiter les dépendances du Sanctuaire en passant par de belles demeures récemment construites de l’autre côté des gradins. Une grande cuisine moderne et bien équipée. La salle de fêtes tout en longueur peut accueillir des centaines de pèlerins. Plusieurs allées mènent au Tsadik. Un nouveau chantier est en cours vu le tas de gravats, de briques et le camion stationné.

C’est l’hiver, les journées sont courtes et il ne faut pas trop se hasarder sur la route de Tickha après le coucher du soleil, aussi le signal de départ est donné.    

De centaines kilomètres nous séparent de notre résidence et j’ai tout le loisir de me remémorer tous les récits que j’ai lus sur la vie du Tsadik Rabbi DAVID ou MOCHE, et comment j’ai été amenée en pèlerinage sur sa tombe la  première fois.

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Mon père, ce patriarche heureux

En 1998, année spéciale pendant laquelle mon père était tombé gravement malade et fut transporté en France pour y subir une intervention compliquée. Pratiquée sur lui à vif car une anesthésie générale aurait été fatale, ses douleurs étaient atroces. Les médecins n’étaient pas optimistes. Son séjour en réanimation était long. Pendant ce temps, seule à Casablanca, je priais tous les jours pour sa guérison. Finalement, j’ai pris la ferme décision de rejoindre mes parents à Paris, passer du temps avec mon père et lui prodiguer soins et amour. Je voulais lui remonter le moral car il refusait de s’alimenter, se laissant mourir. Nous avions ma mère et moi de l’empathie et nous avions mal en même temps et au même endroit que lui, mais nous étions impuissantes devant sa souffrance. Dans mon désespoir, je ne sais d’où j’ai puisé ma force de persuasion pour lui redonner le goût de vivre en lui promettant de le ramener chez nous. Il était sauvé de justesse après plusieurs hémorragies. Le personnel soignant était bienveillant à l’égard de ce patriarche à la physionomie tendre qui cultivait la patience et la tolérance. Il avait un mot gentil pour les infirmières qui venaient s’enquérir de son état et elles repartaient avec une bénédiction. Un magnétisme se dégageait de lui. En ma présence, mon père paraissait serein et lui qui repoussait toute nourriture a fini par avaler une verveine sucrée.

 

De toute la semaine passée entre l’hôpital et la maison, j’arrivais rarement à dormir absorbée par mes soucis et par la santé de mon père. Pourtant un jour avant l’aube, je me suis assoupie et en ce laps de temps court, je fis un songe avec le Tsadik que je rapporte ici:

C’était en mars 1998, en compagnie de mon père, nous roulions en voiture passant devant des pâturages où broutaient des moutons puis nous avons atteint un endroit sacré. A l’entrée d’une Synagogue, se tenait debout un homme distingué vêtu d’un burnous rayé. Une barbe sel et poivre emplissait son visage. Son port était fier et altier. Il était occupé à peindre un mur de la cour. Je me dirigeais au bras de mon père pâle et chétif vers le hall sans déranger le Rabbin. En voyant mon air triste, ce dernier nous gratifia d’un beau sourire et me demanda simplement ce que je voulais. Je lui ai dis: Je sais que mon père va mourir mais je veux un délai supplémentaire d’un an. L’être en question, - homme ou ange - nous a de nouveau souri. Puis soudain, j’ouvris les yeux. Au réveil, j’ai rapporté à ma mère ce que j’avais vu et nous nous sommes longuement scrutées avant de comprendre la signification de ma vision onirique. Je repassais sans cesse cette image dans ma tête. C’était une apparition brève et merveilleuse, source de joie. Entre temps, les médecins, ne pouvant rien faire d’autre pour mon père, nous ont orientés vers une « maison de repos » pour sa convalescence. C’est ainsi que l’option de rentrer à Casablanca s’est imposée. A la seule idée de retourner chez lui, mon père commençait à aller mieux. Le voyage s’est effectué à bord d’un vol de la Royal Air Maroc. Le staff était charmant avec nous. La vie a repris son cours. Nous nous occupions de mon père malade au gré des crises qui se succédaient et lorsque le mal passait, nous étions heureux et reconnaissants à Hashem de nous avoir octroyé un délai supplémentaire grâce au mérite du Tsadik Rabbi DAVID ou MOCHE. J’organisais toute une expédition en famille et allais me recueillir auprès du Tsadik et dire notre gratitude à Rabbi DAVID ou MOCHE, le thaumaturge par qui le miracle est arrivé.

Un an plus tard jour pour jour, l’état de santé de mon père empirait, ses gémissements s’intensifiaient, la maladie évoluait inexorablement. Le 5 Avril 1999, en plein Hol Hamoed (Mi-Fêtes de Pessah) après avoir écouté pour la dernière fois son petit fils chanter « Adir Venaor…. Mi El Kamokha » Bakacha ou Supplique lue le jour de Kippour, - une façon de dire adieu et pardon-,  mon père quitta ce monde laissant derrière lui un grand vide dans notre cœur.

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Un pèlerinage sous la neige - Janvier 2015 - Agouim - Rabbi DAVID OUMOCHE

Mais revenons à la vie du Tsadik Rabbi DAVID OUMOCHE, à son arrivée au Maroc.

Parcours singulier pour un être d’exception

Rabbi DAVID OUMOCHE est l’un des Tsadikim les plus connus et les plus réputés du Maroc.

Qui dans sa vie n’a jamais invoqué le Saint Rabbi DAVID ou MOCHE pour un problème quelconque ou une requête spéciale. Son nom est partout dans la bouche des Juifs du Maroc et d’ailleurs. Il inspire respect et frayeur.

Appelé à juste titre Migdal David  מגדל דוד - Il est un rempart pour celui qui le sollicite.

Heureux celui qui se recueille sur sa tombe ! Ses pouvoirs d’intercession sont immenses et puissants !

Biographie de Rabbi DAVID OUMOCHE

Rabbi DAVID OUMOCHE est né à Jérusalem et a vécu à Safed où il était élève de la Yeshiva. Nous n’avons hélas pas la date exacte de sa naissance ni de son état civil, mais la date inscrite sur sa tombe est probablement celle de son décès. On lui attribue tantôt des parents Ashkénazim tantôt des parents Juifs Marocains (Séfarades) vivant à Talpiot près de Jérusalem. Issu d’une famille riche et noble. Son père était un grand homme, généreux qui n’avait pas d’enfant. Au cours d’un rêve, on lui a prédit la naissance d’un fils Tsadik qui s’appellerait DAVID VEMOCHE suivant l’association de deux grands noms: Le Roi David et Moshe Rabénou. Sceptique, son père ne pouvait imaginer une seconde que son fils serait en même temps l’incarnation du Roi David et de Moshe Rabénou. Pourtant ce fut le cas, en grandissant, David Vemoche était un enfant prodige avec des capacités morales et intellectuelles hors normes. Ses connaissances dans la Torah, dans la Halakha et dans tous les domaines étaient multiples. Il était sage et charismatique et était devenu un grand maître. En ces temps, le pays était pauvre et il fallait collecter de l’argent pour entretenir les Yeshivot (écoles talmudiques) et les Kollélim. Les Roshei Yeshivot procédèrent à un tirage au sort pour envoyer leurs messagers un peu partout dans le monde ramasser des dons au profit des plus démunis. Ainsi, Rabbi DAVID ou MOCHE, bon orateur fut désigné pour se rendre au Maroc. Il accepta avec entrain et soumission malgré les périls: navigation difficile dans des petits bateaux de fortune, mauvaise météo, fortes tempêtes, naufrage et nombreuses escales. Accompagné d’un étudiant de la Yeshiva, ils arrivèrent tant bien que mal dans le pays choisi par le port de Melilla. Rabbi DAVID OUMOCHE a surmonté toutes les difficultés, contourné tous les obstacles ; armé de courage et de foi dans sa mission.

 

KIDOUCH HASHEM - SANCTIFICATION du Nom      קדוש ה                                                 

Rabbi DAVID ou MOCHE a fait un deal avec Hashem. En échange de l’arrêt d’une maladie contagieuse qui sévissait dans la région, il a fait don de sa vie. Pour que des  centaines de personnes –Juifs et Musulmans– qui mouraient dans le village continuent à vivre, il a renoncé à son existence.  Ainsi, fut-il enterré dans le village d’Agouim en présence de son Chaliah Goy à qui il a demandé de l’assister et de pouvoir en témoigner plus tard. Mais revenons un peu en arrière.

 

Contexte Historique

Au temps du Roi Abderrahmane dont la capitale était Marrakech, les Juifs n’étaient pas bien considérés. Moulay Abderrahmane exigeait d’eux des impôts. Les Français ont débarqué par la mer, ont assiégé la ville d’Alger se trouvant à proximité du Maroc. Leur but était de conquérir aussi le Royaume et de le soumettre à leur domination. Le Roi avait donc besoin de grands capitaux pour renflouer ses réserves et pour préparer la guerre. Il se tournait automatiquement vers les citoyens Juifs pour avoir l’argent et les pesants d’or en vue de répondre aux hostilités de la France. S’il ne parvenait pas à ses fins, il décrétait de mauvaises sentences pour les humilier les Juifs et les asservir. Il ordonna en plus que ces derniers ne portent que des habits sombres pour les distinguer des musulmans. Ils étaient des pestiférés dont il fallait s’éloigner. Ils devaient marcher pieds nus et il leur était également interdit de se promener en dehors des murailles du Mellah. Devant cet état de fait, les jeunes musulmans en profitaient pour frapper les Juifs, les accablant de tous les surnoms. Le cas d’une famille illustre à Marrakech.

 

La Famille ABRABANEL

A Marrakech vivait un aristocrate Juif, Don Yehuda Abrabanel. Respecté de tous, il était le descendant de Don Isaac Abrabanel, financier du roi du Portugal. Don Yehuda Abrabanel fut obligé de remettre la totalité de sa fortune au roi. Ne le croyant pas sincère, le roi, avide et cupide, décida de punir Don Yehuda Abrabanel qui fut emprisonné et torturé. Il finit par mourir en prison après avoir tout donné. Le jour de sa mort, les policiers se rendirent à son domicile pour faire perquisition afin de découvrir les trésors cachés. N’ayant rien trouvé, ils prirent en otage la jeune Esther Abrabanel, fille de Don Yehuda, âgée d’à peine 17 ans pour obliger la famille à dévoiler tous ses biens. Esther était la fiancée de Benyamin, élève de la Yeshiva. Ce dernier ne voulait pas se laisser faire, a du lutter pour garder sa fiancée ; mais les suppôts se jetèrent sur les hommes de la famille les laissant ensanglantés. Esther et Binyamin furent condamnés à mort.

Un grand deuil s’abattit sur la communauté, ce même jour il y eut trois enterrements dans la famille ABRABANEL  le père, sa fille et son fiancé Binyamin.

C’est dans ce contexte douloureux que Rabbi DAVID ou MOCHE est arrivé au Maroc. Des personnalités affluaient de partout pour le saluer et recevoir sa « Baraka ».

Cet émissaire était bouleversé par le sort des Juifs. Prédicateur hors pair, partout où il allait, il prenait la parole pour consoler ses frères. Ceux qui l’écoutaient avaient l’impression que des « pierres précieuses sortaient de sa bouche ».

Il s’avéra que ses dons avaient porté leurs fruits car ceux qui venaient le voir repartaient satisfaits. « Le Tsadik ordonne et le Tout Puissant exécute ». Le miracle du Tsadik  perdure et continue de fonctionner à ce jour. Même après leur mort, les Saints sont considérés comme des vivants. Ainsi, les malades recouvraient leur santé du jour au lendemain, les femmes stériles donnaient naissance à de beaux enfants. Les Juifs du Maroc s’étaient attachés d’affection à Rabbi DAVID ou MOCHE.

MESIROUT NEFESH -    מסירות נפש                                                                                                

Après un certain temps, Rabbi DAVID ou MOCHE décida de partir chez ses frères Juifs vivant dans le Sud, plus loin que Marrakech. Dans cet environnement, Juifs et Musulmans vivaient en bon voisinage. Lorsqu’il arriva au village le plus proche, les villageois l’informèrent qu’une épidémie redoutable décimait depuis des semaines des centaines de personnes sans distinction de race ni de religion. Modeste et affable, Il s’est rendu dans les hôpitaux malgré le risque de contagion et s’est occupé personnellement des malades qui continuaient à trépasser. Ses propos étaient mielleux. Il avait de la compassion pour tous.

SACRIFICE D’UNE AME PURE

Après quelques tournées dans les dispensaires, il est allé avec son serviteur à un endroit solitaire. Arrivés à une grotte près du village de Taznaght, Rabbi DAVID ou MOCHE  s’est arrêté, il a levé les bras vers le ciel et a dit du fonds de son cœur: « Maître du monde, je suis prêt à donner ma vie en échange de la vie de tous les malades ».

רבונו של עולםהרני מוכן למסור נפשי בגלל כל החולים

Son comportement exemplaire n’est pas à la portée du commun des mortels. Seul un Tsadik de cette envergure en a la force et la volonté.

Le serviteur de Rabbi DAVID ou MOCHE a pris peur et s’est mis à vibrer de tout son corps lorsqu’il a entendu Rabbi DAVID ou MOCHE s’adresser à Hashem dans un langage déterminé. Rabbi  DAVID ou MOCHE n’a pas perdu une minute, il a ôté sa tunique et s’est enfoui dans la Mé3a’ra (grotte). Il a ensuite ordonné à son serviteur de rebrousser chemin vers le village le plus proche. « Je dois maintenant remettre mon âme à mon créateur » a-t-il dit et disparut aussitôt à l’entrée de la caverne.

L’âme du Juste Rabbi DAVID ou MOCHE est montée au ciel, à sa source divine vers le Créateur, la veille du Shabbat comme une colombe pure.

 

OPERATION DE GUERISON

L’assistant alla de village en village porter la nouvelle et quelle n’était pas sa surprise de constater que tous les malades étaient debout et vaquaient à leurs occupations.

A la sortie du Shabbat, tous les Juifs des villages et le serviteur vinrent là où le Tsadik avait rendu son dernier soupir et c’était drôle de voir que l’ouverture de la cavité dans laquelle il s’était plongé s’était refermée et était bloquée par une énorme roche de pierre.

Pendant que les Juifs pleuraient le Tsadik et récitaient des versets de Psaumes, soudain une nuée éblouissante descendit du firmament et projetait ses rayons dorés sur l’amas de cailloux où reposait le Tsadik.

 

Tsadik Oumot Haolam   צדיק אומות העולם                                                                                   

« La Foi est une force incomparable »

A partir de ce moment, ce cimetière était de plus en plus fréquenté par les Juifs du Maroc qui montaient à pied jusqu’à lui pour prier sur son Tombeau. Ils repartaient le cœur léger et rassurés car le Tsadik exauçait leurs souhaits. 

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Parmi mes lectures, je retiens quelques passages piochés dans le livre: « DAVID ou MOCHE » écrit en hébreu par Maor SIMHON, édité en Octobre 2013 lequel fourmille de détails et de récits de familles rapportant divers témoignages sur la vie du Tsadik et de ses merveilles. Je recommande à tous les fans de Rabbi DAVID ou MOCHE de l’avoir dans leur bibliothèque. (Il est possible de se le procurer pour une somme minime d’argent à l’adresse suivante): maorbna@gmail.com

 

Livre de Maor Simhon.Livre de Maor Simhon.

Livre de Maor Simhon.

Une maison à Tsfat (Nord d’Israël) est dédiée à Rabbi DAVID ou MOCHE. Tenue par une famille, elle est ouverte 24/24. On peut s’y rendre même la nuit pour allumer des bougies et se ressourcer. Le Tsadik a choisi d’y élire domicile pour le caractère saint de la ville. C’est une invitation à la méditation et au calme intérieur.

Sa Hilloula a toujours lieu à Rosh Hodech Hechvane (le premier jour du mois de Hechvane dans le calendrier Juif) environ une semaine après Souccoth.

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La région où est enterré Rabbi DAVID OUMOCHE regorge de Lieux Saints Juifs. On recense au moins 30 Cimetières situés dans des Douars qui témoignent de la forte présence juive dans l’Atlas Marocain. Il faudrait faire un repérage pour répertorier toutes les « Maisons de la Vie » où reposent de nombreux Saints, recueillir les récits de chacun ayant trait aux pouvoirs des Saints.

Les exemples de la droiture, de l’humanité, de l’humilité et de la bonté infinie de Rabbi DAVID ou MOCHE pour toutes les créatures Juives et non Juives se transmettent de génération en génération.    הוא מוכר במדת הענוההצדק והרחמנות מדור לדור

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De nos jours, un site Web et un Blog créés par Georges SEBAT en 2011, permettent de rendre compte de son travail de recherche dans tous les domaines: Cimetières et Lieux Saints Juifs. http://www.rabbidavidoumoshe.com, la page Facebook sur le Tsaddik également, outils de communications attractifs sont des portails dédiés à Rabbi DAVID ou MOCHE, une sorte de forum pour permettre à tous les sympathisants du Tsadik d’échanger leurs idées, donner toutes les informations relatives aux Hillouloth, publier des articles via ces fenêtres ouvertes sur la Diaspora, un espace de partage et de dialogue car nous avons tous un devoir de mémoire et de transmission de ce qu’était la vie de nos Tsadikim, de leur legs spirituel et de leurs innombrables « Nissim » (miracles).

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C’est un pèlerinage porteur d’espoir qui a déclenché en moi un tsunami d’émotions et de secousses spirituelles et mystiques.

למנצח לדוד מזמור. קוה קויתי ה ויט אלי וישמע שועתי. ויעלני מבור שאון ממיט היון ויקם על סלע רגלי כונן אשורי - תהילים מ  מא  

 

Chapitre 40 des Psaumes – Perek M

Au chef des chantres, de David, psaume. 2. J’ai placé mon ferme espoir en Hashem : « Il s’est incliné vers moi, il a entendu ma supplication ». 3. Il m’a retiré d’un gouffre tumultueux, d’un bourbier fangeux ; il a posé mes pieds sur le roc et affirmé mes pas ».

« Puisse le Tsadik Rabbi DAVID ou MOCHE étaler sa protection sur nous. Amen !».

 

Léa BENHAMOU

 

P.S :

PELERINAGE A L’IMPROVISTE

 

C’est la 1ère fois qu’il nous arrive d’aller en pèlerinage à Agouim 2 fois dans un intervalle de 6 mois. J’ai accepté d’y aller sans rechigner comme poussée par une force suprême.

Nous y étions en plein hiver (Janvier 2015) et nous revoilà sur la route d’Ouarzazate au mois de Juin avec quelques amis. Partis de Casablanca Vendredi à 14H avec le souhait de se recueillir sur la tombe de Rabbi David Oumoche et être à temps pour Shabbat à Ouarzazate où a lieu ce week-end la Hilloula de Rabbi David Arama, organisée par l’arrière petit fils du Tsadik, Rav Eliahu Azriel.

Celui-ci, accompagné de son jeune fils et d’une délégation de Juifs Français, des mécènes pour la plupart, ont crée en France une association portant le nom du Tsadik, ayant pour but la  collecte de sommes d’argent pour les réinvestir au Maroc lors du pèlerinage annuel. Cet argent sert également à la construction de chambres, à l’aménagement et à l’entretien du Cimetière d’Ouarzazate. Rav Eliahu Azriel œuvre depuis 10 ans pour attirer au Maroc de plus en plus de fidèles pour la Hilloula de son arrière grand-père (enterré à Skoura – Ouarzazate) qu’il prépare et anime avec amour.

Nous sommes à l’aise alors que d’habitude, je suis sujette à l’angoisse à l’approche du col de Tichka. D’énormes chantiers sont ouverts de tous les côtés.

Au milieu de la route, traînent des EPS (équipements pour la sécurité): casques, cônes multicolores, triangles, lunettes, gilets fluorescents. De part et d’autre, des ouvriers spécialisés manipulent de gros engins pour déverser le sable, les gravats, l’enduit, le goudron et l’asphalte sur la chaussée en supportant avec courage et résignation la canicule et la soif un jour de Ramadan. Cela me rappelle une publicité que j’avais lue à propos de l’EPS, une école de travaux publics vantant les mérites d’un métreur, d’un topographe, d’un chef de chantier et d’un bon conducteur de travaux. Comme tous les métiers du bâtiment, c’est un travail noble mais difficile. Le contact permanent avec les matières de construction: ciment et autre vous donne une idée des efforts fournis pour construire les routes. Il faut des mesures spécifiques pour calculer au millimètre près. J’aime ces métiers précis alors que je ne suis pas du tout scientifique. Je n’aime généralement pas les matières scientifiques ni les chiffres et préfère me rabattre sur la lecture. 

Fatigués de rouler pendant des heures, je demande à mes amis de faire une pause car à force de « rabâcher » dans ma tête, je suis soudain prise de vertige.   

Nous nous arrêtons sur le bas côté car malgré la climatisation dans la voiture, nous avons constamment besoin de boire pour nous hydrater.

Je fais le guet à la recherche d’une oasis pour sentir un peu de fraîcheur. Autour de moi, j’aperçois une pauvre gazelle insouciante sautillant dans les champs et m’imagine qu’un loup n’en ferait qu’une bouchée. J’en viens à être triste pour elle. Mais depuis toujours, les plus forts dévorent les plus faibles. C’est la loi de la nature !

Devant nous passent des remorques chargées de toutes sortes de marchandises pour ravitailler les villages. Les paysans reviennent des souks transportant de lourds paniers de victuailles et de denrées de première nécessité. Leur moyen de transport est le mulet, servile et corvéable.

Je m’attarde un moment à l’ombre d’un arbre pour contempler un spectacle désolant. L’âne, compagnon fidèle de l’homme est dénigré. J’ai de la peine pour cet animal domestique qui ploie sous le poids de la cargaison qu’il porte sur son dos. Non content, son maître pressé, lui administre des coups de fouet. Je le regarde avec pitié le plaignant et lui, tête basse, oreilles dressées me retourne un regard plein de gratitude l’air de dire: « Tu ne peux rien pour moi, c’est mon destin ». Il nous donne une belle leçon d’humilité car il est l’exemple de l’obéissance et de la soumission. Dans sa petitesse, il ne manque pas de louer l’Eternel en disant: « A toi, Eternel, la grandeur et la force, la magnificence, l’éternité et la gloire car ce qui est au ciel et sur terre t’appartient, Seigneur, à toi la royauté et la suprématie en toutes choses » (I Chroniques 29,11).

Pendant quelques minutes, j’entends le murmure du désert, le regard plongé dans les souvenirs.

J’ai l’impression qu’une partie de mon rêve se réalise car je me dis qu’il y aurait bientôt une auto/route d’accès facile à Tichka. L’idéal aurait été bien sûr de construire une « Minhara » (tunnel) sous les montagnes, mais quels que soient les efforts consentis, ils sont toujours appréciables. La piste menant à Rabbi David Oumoche s’élargit à vue d’œil. Je le devine à la poussière soulevée au passage de notre voiture.

« Qu’un seul être vous manque et tout est dépeuplé » Lamartine

A l’approche de la clôture en fer cassée, les camarades de voyage se mettent à chanter à tue-tête dérangeant mes pensées. Dans mon coin, j’observe et m’imprègne des détails du lieu remarquant pour la 2ème fois l’absence des chiens qui se précipitaient autrefois vers nous pour marquer leur territoire et gratter les restes à manger. Ce sont eux les véritables gardiens du Lieu Saint car aussitôt qu’un étranger approchait, leurs aboiements se faisaient entendre de loin.

La rampe principale menant au Tsadik est complètement détruite ainsi que les anciennes chambres. Il a fallu contourner les escaliers pour entrer dans la Synagogue où la gardienne est assise. La rénovation du lieu est bien entamée. Il faudra attendre la Hilloula en Octobre 2015 pour évaluer les résultats de la nouvelle construction. Le Sanctuaire de Rabbi David Oumoché aura une façade reluisante. Il n’y a personne maintenant car c’est bientôt l’heure de Kabbalat Shabbat et nous devons atteindre Ouarzazate à une soixantaine de kilomètres.

Une demi-heure plus tard, nous y sommes. Nous déchargeons la voiture au « Berbère Palace», hôtel de luxe s’étalant sur des milliers d’hectares et abrite plus de 1000 chambres, suites et bungalows pouvant recevoir des milliers de locataires. Des boutiques de prêt à porter et des bureaux de tabacs occupent une partie du Lobby. Il y a aussi des décors majestueux, reliques de films tournés à Ouarzazate (un trône de Pharaon, des statues de Cléopâtre) etc.. Tout est grandiose, on se croirait dans le pays de l’Oncle Sam, tellement le gigantisme est similaire. C’est la course à quelques minutes du Shabbat. Tout est parfait sauf la chaleur qui vous souffle au visage un air chaud. Heureusement, dans les chambres, il fait bon vivre.

Une grande salle est mise à la disposition d’une trentaine de pèlerins dirigés par Rav Eliahu Azriel pour les offices du Shabbat. Dans cette Synagogue improvisée, de grandes tables couvertes de nappes blanches forment un rectangle. Les officiants aux voix puissantes entonnent le Lekha Dodi pour faire entrer le Shabbat. Dans ce public adulte, il y a 3 femmes et 1 enfant sur une majorité d’hommes. Après l’allumage des bougies, nous suivons la prière avec ferveur avant de traverser les jardins de l’hôtel pour le dîner Shabbatique concocté par un traiteur de Casablanca. L’ambiance est la fête, aux danses, aux Piyoutim (chants liturgiques) et à l’alcool. Le Rav Azriel nous fait l’honneur de faire un Dvar Torah et cède la parole au Rav Eliahu Amar, fils de Moshe Chlomo Amar, Grand Rabbin de Jérusalem pour dire quelques mots de bienvenue aux hôtes et dire son émotion de se trouver au Maroc, pays de ses parents pour la Hilloula du Rav Mekoubal, Rabbi David Arama, un véritable retour aux sources. 

Après une nuit de sommeil dans des chambres confortables, la prière du matin Shahrit commence par un petit déjeuner fait de plusieurs variétés de cakes, de biscuits, de sodas et de boissons chaudes. Après le Shahrit et les souhaits de « Shabbat Shalom » chacun se dirige vers le réfectoire où ont lieu les repas du Shabbat: déjeuners et dîners.

Après la prière de Minha, la Séoudat Chlichit s’est déroulée dans les jardins de l’hôtel face une piscine immense. D’immenses tables sont dressées en plein air contiennent des gâteaux à la crème, au chocolat, d’énormes tartes aux fruits,  des jus et des fruits secs.  Lorsque la sirène du Ramadan marquant la fin de la journée pour les musulmans se fait entendre, quelques clients étrangers, le staff et les garçons de l’hôtel se joignent à nous pour rompre le jeûne dans une ambiance festive en entonnant des chants communs aux deux communautés. Des personnes de confessions différentes sont unies dans la paix pour le bonheur de tous. C’est un grand moment de fraternité, de convivialité et de douceur partagé.

Le ciel s’obscurcit et nous attendons l’apparition des étoiles pour faire la Havdala marquant ainsi la fin du Shabbat toujours en plein air car malgré la pénombre, il fait encore chaud. Le ciel noir jette ses reflets argentés sur la piscine à travers de grands arbres millénaires. Le chant des grillons continue de résonner dans nos oreilles et les chats dodus aux démarches langoureuses miaulent en quête de miettes de gâteaux. Les préparatifs pour la Hilloula commencent. L’orchestre se met en place, les musiciens installent leurs batteries et leurs instruments pour égayer la soirée de gala. Nous prenons congé de nos nouveaux amis et reprenons le chemin du retour, direction Casablanca traversant Tichka la nuit. Malgré l’angoisse qui nous tient, nous nous sentons protégés par le mérite de nos Tsadikim.

Ainsi prend fin ce week-end fait de repos, de faste, et de prières.                                        

 

Léa BENHAMOU

 

 

Un pèlerinage sous la neige - Janvier 2015 - Agouim - Rabbi DAVID OUMOCHE
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slimani 01/12/2016 23:28

Byane veuni toujour askoura

suzy 03/11/2016 12:47

Léah! Je n'ai pas de mots à dire tant l'émotion est pleine. Je suis envahie de tout mon corps qui vibre encore, j'ai l'impression que je suis présente lors de ce fantastique pélérinage magique...Puisse le TSADIK te protéger à toi ainsi qu'à ta petite famille.Je te remercie de partager tes connaissances et ton addiction à Rabbi David ou Moshé....j'en suis devenu Fan... Suzy Harroch

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