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Juif du Maroc

Juif du Maroc

Voilà un blog qui décrira et donnera un aperçu de la vie quotidienne de la Communauté Juive au Maroc d'aujourd'hui mais aussi d'antan. La vie de la communauté d'un aspect intérieur, du judaïsme marocain, du Maroc, via la vue personnelle de Marocains de confession Juive ou autre, dans leur pays.


Un Sefer Torah retrouvé !!!

Publié par Georges SEBAT sur 30 Décembre 2014, 14:52pm

Catégories : #JUIF AU MAROC

 Depuis quelques mois, au travers de mes activités sur le Net, j’ai eu le plaisir d’être contacté par un Monsieur, qui disait vouloir me parler de quelque chose, qui lui tenait à cœur à lui mais surtout à sa vieille maman de 88 ans. Il se présenta comme un Français vivant au Maroc et dont la famille vivait là depuis des générations.

La discussion débuta à travers les messageries que nous offrent les réseaux sociaux, pour se terminer par un échange de téléphones et quelques longues conversations, ensuite. Ce Monsieur, qui porte le même prénom que moi, Georges C., me parla de lui, de sa famille, de sa passion de l’histoire du Maroc qu’il vivait tous les jours à travers ses recherches, de l’histoire de son Papa, grand transporteur de marchandises à travers le Maroc…. Sa voix chaleureuse et imprégné d’un accent pied noir bien de chez nous, me donna immédiatement et sans l’avoir jamais vu, plein de sympathie et d’amitié pour lui.

Après de nombreux entretiens, parlant de tout et de rien, nous en vînmes au sujet et motivation de sa prise de contact. L’histoire remonte aux années 1950, plus exactement au lendemain de l’indépendance du Maroc. Comme nous le savons, ces années qui suivirent cettte étape majeure de l’histoire du Maroc, vit aussi le départ de nombreux juifs quittant ce pays pour de nombreuses raisons, que nous ne débattrons pas ici.

 

Communauté Juive d'un petit village du Sud, la veille de son départ.

Communauté Juive d'un petit village du Sud, la veille de son départ.

Un transporteur du nom de « Messagerie du Maroc » ou «la Société MM », fut contacté par de mystérieux émissaires venus d’Israël, pour acheminer les bagages de tous les candidats à l’émigration vers le pays de leur ancêtre, Israel. En effet, ces derniers ne pouvant quitter, dans certains cas, accompagnés de leurs valises et effets personnels, et ce pour des raisons de logistique et de facilité de déplacement, laissaient tout ce qu’ils possédaient, dans un premier temps pour partir au plus vite par de multiples moyens et sous de nombreux alibis. Ainsi ils échappaient aux regards indiscrets et surtout inquiets de se faire interdire ce départ tant attendu.

C’est ainsi que furent remis ces effets personnels en la personne de Mr Cazeneuve et de sa société MM. Georges me racontait que de nombreux voyages furent effectués à partir de nombreuses villes, villages, bourgades et petits bled, du Nord au Sud de l’Est à l’Ouest, vers les grandes villes de départ, Casablanca, mais aussi Tanger. Les camions de la société MM prenaient donc ces effets personnels, pour les entreposer dans des entrepôts, le temps de les faire transborder vers les principaux camps de de transit de la méditerranée, entre autres, Marseille.

Au fil des années de grand départ, Mr Cazeneuve consciencieux et honnête homme, mit une ardeur, une grande fierté et dévouement pour assister au mieux cette organisation, cette opération se faisant sous la peur des autorités, surement au courant de ce manège, mais pas toujours empruntes de compassion pour ce départ massif. Il dut user, lui et sa famille de nombreux stratèges, mais aussi de beaucoup de discrétion, pour mener à bout cette opération d’assistance au départ de tous ces aspirants à l’émigration.

Parmi ces effets personnels, Mr Cazeneuve se vit remettre un objet de grande valeur, par l’un des voyageurs, un objet de culte parmi les plus importants dans la religion juive, il s’agissait des rouleaux de la Torah, ou plus précisément le « Sefer Torah » (1).

Cet objet de grande valeur, ne partira pas avec le reste des bagages et restera précieusement entre les mains de Mr Cazeneuve, pour je ne sais quelle raison. C’est ainsi que ces rouleaux de Torah, restèrent, selon les dires de Georges, plus de 60 années entre les mains de la famille. Après le décès du Papa Cazeneuve, mais également, Marie, sa femme, perpétua la tradition et veilla sur les rouleaux toutes ces longues jusqu’à ce jour. Elle veilla et insista à ce que ces rouleaux fussent remis à une communauté juive du Maroc, à quelqu’un qui n’en ferait surtout pas commerce ou mauvaise utilisation, qui pourrait nuire à la sainteté de cet objet.

Le 30 Décembre 2014, la veille du nouvel an, Georges C. me rappelle pour me signifier qu’il serait donc en visite à Casablanca et qu’il voulait me voir. Je fus pris d’un sentiment particulier, comme si je devais retrouver un membre de la famille que je n’avais pas vu depuis longtemps et qui me ramenait un objet familial longtemps disparu, quelque chose qui me tenait au cœur et qui pourtant, il y a quelques mois, je n’en connaissais même pas l’existence. Je m’organisais donc à rentrer au plus vite du travail pour être en temps et lieu au Rendez-vous donné. Georges venait de Mohamedia où il est revenu habité, pour s’occuper de sa Maman malade.

La rencontre fut émouvante, Georges C. allait se séparer avec beaucoup d’émotion d’un objet détenu par sa famille de longues années mais le serment et le souhait fait, était justement de devoir s’en séparer un jour pour le remettre à un membre de la communauté juive, voilà chose faite. Il me remit le précieux Sefer Tora en le transbordant de voiture à voiture, enveloppé, comme il me dit d’un tissus de tapissage de meubles, style Louis XVI. Le Sefer Torah était composé de deux rouleaux séparés, ayant chacun, approximativement, une longueur de 5 mètres chacun, il était enroulé sur lui-même sans les « Atsei’ Haim » (2), ni manteau de couverture, traditionnel à la protection du parchemin et de ses écrits. Le parchemin est de fabrication de peau animal réel et non de parchemin comme sont composés les Sefer Torah que nous retrouvons dans toutes les synagogues d’aujourd’hui. Les peuax le composant sont cousues artisanalement et manuellement, par un fil simple et les coutures ne sont pas rapprochées à la méthode machine. Ce Sefer Torah semble vraiment sortir d’une autre époque, il me donne la chair de poule en le touchant, j’imagine les nombreuses manipulations faites par le Sofer pour inscrire tous les textes sacrés. J’imagine aussi les fidèles d’une petite synagogue du Sud du Maroc, ou du Tafilalet le manipuler avec précaution, l’enroulant et le préparant pour la lecture du Shabbat, conservé depuis je ne sais quelle époque au sein de cette communauté, car aucun indice ne nous est donné par Georges C, quant à l’origine de ce Sefer Torah, lui-même n'ayant pas l'information de son père.

Le Sefer Torah tel que reçu dans les premiers instants...
Le Sefer Torah tel que reçu dans les premiers instants...
Le Sefer Torah tel que reçu dans les premiers instants...
Le Sefer Torah tel que reçu dans les premiers instants...
Le Sefer Torah tel que reçu dans les premiers instants...
Le Sefer Torah tel que reçu dans les premiers instants...
Le Sefer Torah tel que reçu dans les premiers instants...
Le Sefer Torah tel que reçu dans les premiers instants...
Le Sefer Torah tel que reçu dans les premiers instants...
Le Sefer Torah tel que reçu dans les premiers instants...
Le Sefer Torah tel que reçu dans les premiers instants...
Le Sefer Torah tel que reçu dans les premiers instants...

Le Sefer Torah tel que reçu dans les premiers instants...

Serait-ce le signe que ce Sefer torah fut jugé « Passoul » (3) par ceux qui l’avaient laissé au moment de leur départ ? Es-il possible que tellement précieux pour être perdu ou profané de quelconque façon, dans de tels voyages où l’aventure risque de jouer des tours aux voyageurs ou aux objets les accompagnants. Même dans ce cas de figure, pourquoi ne l’ont-ils pas laissé et enterré dans une « Guenizah » (4) si ce dernier s’avérait non utilisable…. Comment un Sefer, objet de culte parmi les plus sacrés du Judaïsme a t-il été laissé par sa communauté propriétaire, le fait est que nous ne le saurons jamais.

Aujourd’hui des gens de bonne foi et plein de bonnes intentions, ont fait le vœu de nous le remettre entre les mains voilà chose faite. Je ne sais plus comment remercier Georges C. de son geste extraordinaire, mais aussi et surtout de celui de sa Maman Marie C. qui a perpétué celui, également de son mari défunt Mr Cazeneuve. Je lui promis de belles bénédictions au nom de sa maman pour un bon rétablissement, cette dernière étant alitée suite à une longue et dure maladie. Que puis-je faire de plus ? Si ce n’est que de vous raconter aujourd’hui cette histoire, et qui inscrira dans le temps le nom de cette famille comme ayant fait une des plus grandes Mitsva que tout juif puisse espérer, et qui pour ma part, sont inscrits dans le grand livre des justes. Ce texte et cet hommage vous est dédié Famille Cazeneuve.

Maintenant, la mission entre mes mains, je me dois de trouver une noble et juste fin à ces rouleaux de Torah. Quelle devra être la fin destinée à ces nobles écritures, doivent elles finir dans un musée ? Doivent-elles aller dans une guenizah ? pourrons nous les rénover et les utiliser à nouveau ? . Une chose est sure, j’ai le cœur heureux de récupérer cet objet si ancien et si cher et de pouvoir quelque part préserver une partie de notre patrimoine. Car il faut le préciser là, depuis de nombreuses années, beaucoup d’objets de cultes du Judaïsme Marocain a été dispersé, vendu, volé au profit d’antiquaires voraces de gros sous, qui remettent en vente à des touristes juifs cupides, mais également soucieux de préserver de tels objets de la destruction et de la profanation. Egalement, de nombreux responsables de musées à travers le monde, désirant étoffer les rayons de la section Juif du Maroc. Vous me direz, oui, au moins cela a l’avantage de les préserver également et de les exposer en lieu sûrs. Je suis d’accord, mais ne pensez-vous pas que cela devrait rester ici au Maroc, et ainsi éduquer grands et petits, juifs et non juifs de la présence de cette communauté juive en pays arabe, depuis des siècles… ???

 

Georges SEBAT

 

 

 

Lexique:

(1)La forme de rouleau est aujourd'hui encore celle du livre antique, que l'on retrouve dans les rouleaux de la Mer Morte. La Torah contient les cinq livres de Moïse ou Pentateuque ; elle est lue en public à la synagogue lors des offices des lundis et jeudi matin, samedi matin et après-midi et lors des offices des fêtes. Le texte sacré est découpé en séquences hebdomadaires, elles-mêmes divisées en sections : l'ensemble du texte est lu sur un cycle annuel ; ordinairement c'est le ministre-officiant qui procède à la lecture.
Le rouleau, qui comprend environ 200 colonnes de texte, est constitué d'une quarantaine de peaux cousues bout à bout, en général des peaux provenant de veau ou de bœuf. Seul un scribe spécialisé, le sofer, peut rédiger une Torah, car cette tâche exige la maîtrise de techniques particulières (écriture sur parchemin, à l'encre noire et à la plume) et le respect de normes religieuses rigoureuses ; toute infraction à ces règles, ou toute erreur dans la copie du texte rend le rouleau impropre à son usage rituel. La copie d'un rouleau entier demande un an à un an et demi de travail à un sofer .
Les fidèles sont debout lorsque le rouleau est sorti de l'arche sainte (Aron ha-kodesh), armoire située dans le mur oriental de la synagogue (vers Jérusalem) ; transporté jusqu'à l'estrade de lecture, il est soulevé pour leur être présenté. Le parchemin sacré ne devant être touché du doigt, par respect, le récitant utilise une main de lecture (yad) pour suivre le texte. 

 

(2)(Signifie en hébreu « les arbres de vie ». Au singulier, eits ‘haïm) Les Atsei ‘Haïm sont deux montants de bois, attachés chacun à une extrémité du parchemin et autour desquels ce dernier s’enroule. Ils servent de poignées pour manipuler le rouleau et permettent de faire défiler le texte d’une section à une autre.

(3)(Signifie en hébreu Non Cacher, comportant des erreurs qui altèrent à sa sainteté et donc, non-utilisable)

(4)Une gueniza ou guenizah (héb. : גניזה « [endroit de mise en] dépôt » ; pluriel guenizot) est la pièce d’une synagogue servant d’entrepôt, principalement pour des ouvrages traitant de sujets religieux rédigés en hébreu, devenus inutilisables, en attendant de les enterrer dans un cimetière, car il est interdit de jeter des documents écrits comportant l’un des sept Noms de Dieu qu’on ne peut effacer, y compris des lettres personnelles et des contrats légaux qui s’ouvrent par une invocation de Dieu. (Wikipédia)

Commenter cet article

Perla 24/09/2015 11:48

Salut Georges, avais tu comme convenu fait expertiser ces rouleaux pour savoir si ils étaient Poulin?

La Rbatya 09/01/2015 19:11

Cher Georges,
Très belle histoire dans ce monde de brut oú nous vivons. Chabbat Shalom.
La Rbatya

reouven 06/01/2015 06:56

kol hakavod george

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